Phytothérapie anti-infectieuse
Paul Goetz
Kamel Ghedira
Paul Goetz
Docteur en médecine
Enseignant en phytothérapie
Faculté de médecine Paris XIII-Bobigny
58, route des Romains
67200 Strasbourg
Kamel Ghedira
Professeur à la faculté de pharmacie
Université de Monastir
Laboratoire de Pharmacognosie
Rue Avicenne
5000 Monastir-Tunisie
Le médecin moderne comme le pharmacien sait combien rude a été la lutte
contre les infections et combien certaines infections résistent encore à la théra-
peutique conventionnelle la mieux conduite en milieu hospitalier avec des
antibiotiques et des antiviraux qui ne s’utilisent qu’en milieu spécialisé. Tous
connaissent le danger de certaines infections nosocomiales multirésistantes.
Les historiens peuvent nous rappeler le nombre de morts par infections de
plaies de guerre et de gangrène jusqu’à la découverte et l’apport fabuleux de
la pénicilline. Contre les infections des plaies de guerre dans le Pacifique, le
Melaleuca alternifolia était employé, mais en externe et à des doses faibles de
1 % (6). Or la phytothérapie et l’aromathérapie existaient déjà. René-Maurice
Gattefossé (1881-1950) avait déjà publié en 1937 son ouvrage Aromathérapie
que son contemporain Jean Valnet (1920-1995) a réussi à développer et à faire
connaître. L’école de phyto-aromathérapie s’est développée ensuite autour de
Paul Belaiche dans le cadre de la faculté de médecine de Paris XIII. Cette phyto-
aromathérapie dépasse peu les frontières des pays francophones (1-4, 7).
Si cet ouvrage a vu le jour, c’est qu’il nous a paru important de faire le point
sur la phytothérapie anti-infectieuse en ce début de XXI e siècle. En effet il existe
des recherches en laboratoire, des recherches cliniques et une phytothérapie de
cabinet médical. De nombreux modèles sont proposés, ainsi que de nouvelles
huiles essentielles. La phyto-aromathérapie des états infectieux a confirmé ses
possibilités, mais il convient d’établir des schémas thérapeutiques qui soient
crédibles. La phyto-aromathérapie associe des plantes antibactériennes comme
la busserole, la bardane et d’autres aux huiles essentielles, un extrait spécifique
très particulier obtenu par distillation de certaines plantes aromatiques. Cette
aromathérapie a eu un développement lent jusqu’aux années 1970-1980, date
à laquelle Valnet puis d’autres ont fait découvrir son intérêt en médecine, et en
particulier dans le domaine de l’infectiologie, en une période où l’antibiothé-
rapie était encore balbutiante. Par la suite, grâce à l’emballement écologique de
l’époque, de nombreux acteurs de tous bords ont publié d’intéressantes études
expérimentales (3), mais aussi quelquefois des données erronées. Certains,
par précipitation, transposèrent des données de pharmacologie in vitro en des
propriétés chez l’Homme sans aucun contrôle in vivo ou clinique. Le choix
des drogues ou des huiles essentielles n’est jamais anodin, et doit toujours être
guidé par une logique pharmacologique et si possible à la suite d’expérimen-
tations cliniques. Celles-ci sont rares en phytothérapie anti-infectieuse car les



